Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers !

Matthieu (20,16)

« Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. »

Dans l’Évangile selon Matthieu, cette parole conclut la parabole des ouvriers de la vigne. Des travailleurs engagés à différentes heures reçoivent le même salaire, à la surprise de ceux qui ont travaillé depuis le matin.

Le maître ne lèse pourtant personne : il respecte son engagement envers les premiers et choisit de se montrer généreux envers les derniers.

Cette parabole nous invite à sortir de la comparaison permanente. La bonté de Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos classements, nos calculs ni nos revendications de supériorité.

Oui, cette citation du passage biblique ci-dessus interroge et intrigue à plus d’un égard, notamment lorsqu’elle est mise en relation avec nos sociétés humaines et leurs modes de fonctionnement.

Et, oui, les traditions ont la vie dure ! Car, jusqu’à présent, sur notre planète, Terre des hommes, nombreux sont les femmes et les hommes qui subissent encore le poids des règles et des lois, informelles ou formelles, de façon écrasante.

Nous connaissons tous l’histoire de ces hommes voués à l’oubli, parfois même empêchés de vivre librement, simplement parce qu’ils ne sont pas les premiers-nés de leur fratrie.

Nombreux sont les princes qui n’ont jamais pu régner, malgré leur intelligence et leurs capacités extraordinaires, pour cette simple raison.

Parlons aussi de toutes ces femmes et filles qui, dans certains milieux européens, n’ont jamais pu se marier parce que la dot était réservée en priorité à l’aînée.

Qu’en est-il aussi de toutes ces filles et femmes qui, dans certaines sociétés d’Asie, non seulement voyaient leurs possibilités de mariage compromises par les règles familiales, mais pouvaient également être exploitées et traitées, chez elles, comme des moins que rien, tandis que les garçons étaient privilégiés ?

Dans certaines sociétés africaines, la polygamie et les règles de solidarité avaient pour but d’éviter la solitude et l’injustice sociale en ce qui concerne le mariage et la famille, sans pour autant mettre l’Afrique à l’abri de ce fléau. Toutefois, la polygamie engendre ses propres maux, loin d’être acceptables.

Par ailleurs, le droit d’aînesse est resté acquis pendant longtemps dans de nombreuses sociétés, à travers la planète, avec toutes les formes d’injustice qui y sont liées.

Mais, plus près de nous, le constat est clair et sans appel.

De la naissance au tombeau, on ne cesse de nous rabâcher nombre de dictons et de formules allant dans le sens de la compétition entre tous et de la primauté donnée aux premiers de rangs :

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. »

« Premier arrivé, premier servi. »

« Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. »

« Qui va à la chasse perd sa place. »

« À la guerre comme à la guerre. »

« Que le meilleur gagne ! »

Et ainsi de suite.

Nous sommes donc, la plupart du temps, conditionnés à avancer en cherchant toujours à devancer les autres, si ce n’est à en écraser certains au passage, afin de nous positionner au sommet de l’échelle sociale.

Sans avoir tous le même sens, ces formules et dictons peuvent, à force d’être répétés, entretenir cette obsession de l’avance à prendre sur les autres, de la place à défendre et de la victoire à sécuriser.

Ce qui engendre, en conséquence, la peur des autres, les brimades chez les uns, le dénigrement des autres, la loi du plus fort et autant d’autres fléaux dont se nourrissent ceux qui croient fermement à ce schéma de pensée.

Alors, dans ces contextes sociaux fortement orientés vers la priorité donnée à ceux qui s’en sortent le mieux, c’est-à-dire aux mieux adaptés aux règles et aux conditions sociales, comment comprendre cette affirmation apparemment contradictoire de Jésus de Nazareth : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers » ?

Oui, cette maxime nous chamboule, nous déroute, et il y a de quoi.

Elle nous force à reconnaître le fait que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes, qu’ils soient les premiers ou les derniers. Une idée fortement à contre-courant des lois et des pratiques qui prévalent un peu partout dans nos sociétés humaines, depuis la nuit des temps.

C’est de l’œuvre de notre vie qu’il s’agit ici, en réalité, dans la réflexion que nous inspire cette parole.

Étant donné que cette même vie nous est donnée par Dieu, il Lui appartient, à Lui seul, d’en estimer la valeur. Et cette valeur ne se limite pas à ce que dictent les consciences en fonction des préceptes des hommes.

Bien au contraire, elle dépasse l’entendement et établit, de fait, l’infinie grandeur du Dieu Tout-Puissant. Le seul, l’unique, dont l’Amour est véritablement majestueux et infiniment prodigieux.

Qui que nous soyons, quels que soient notre origine, notre apparence physique, notre condition sociale ou nos talents, oui, Dieu a une place de choix pour chacun d’entre nous. Ceci, sans notion de privilèges réservés à quelques-uns, pour quelque raison que ce soit, car, aux yeux du Dieu créateur, nous sommes tous ses enfants bien-aimés et nous avons tous une valeur inestimable.

Dieu ne nous propose pas des équations insurmontables pour évaluer nos capacités, notre valeur.

Il n’évalue ni notre compte en banque ni notre rang social, et encore moins nos faiblesses, pour savoir si nous sommes ou non dignes de Lui. « Faiblesses » s’entend ici au sens de fragilités humaines, et non de vices.

L’Éternel ne nous juge pas selon des aspects farfelus ou en vertu de choses surfaites telles que l’origine, l’apparence, la réussite sociale et autres.

Le fait que nous soyons les premiers en toute chose, ou encore les premiers venus, n’a donc guère d’importance aux yeux du Divin suprême.

Il ne nous demande qu’une seule chose en retour : de L’aimer véritablement et de nous aimer les uns les autres comme Il nous aime.

Raison pour laquelle les dix commandements nous donnent des repères essentiels, là où les livres de lois conçus par les hommes nous imposent des milliers de prescriptions, au milieu desquelles on se noie au quotidien.

C’est également pour cette même raison que Jésus de Nazareth nous invite à venir à Lui et à prendre sur nous son joug : (Matthieu 11,28-30). Car il est doux et humble de cœur. Son joug est facile à porter et son fardeau, léger et bien plus supportable que tant de charges qui nous sont imposées par les systèmes de pouvoir voulus par les hommes.

Alors, oui, réjouissons-nous d’être de dignes filles et fils de Dieu, premiers ou derniers. Car, en vérité, c’est notre capacité à aimer qui fera la différence, en fin de compte, à l’heure précise où nous nous trouverons face au jugement divin concernant l’ensemble de notre existence.

Face à la question fatidique à laquelle nous devrions toujours être prêts à répondre de façon digne et ferme : « Qu’as-tu donc véritablement fait de ta vie ? »

Cette réponse n’appartient qu’à chacun d’entre nous, individuellement, et nul ne saurait en altérer ni la nature ni la teneur. On peut tromper les hommes, mais non pas Dieu !

Alors, bonne vie à toutes et à tous, au regard de cette citation : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers », qui s’avère, en réalité, une excellente nouvelle ! Nul besoin de courir, il s’agit de bien arriver à destination, qu’importe l’heure !

Et, pour faire autrement écho aux dictons précédents, j’ajoute ceci : « Rien ne sert de courir, de s’affronter sans cesse les uns les autres dans le but de s’imposer. Mieux vaut parvenir, à temps, à destination. »

Il y aurait encore tant à dire, mais laissons là, pour l’heure, cette réflexion, en espérant qu’elle puisse en éclairer quelques-uns.

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Merci.

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