Philippe Frey : L’ivresse du désert

À la découverte du plus grand explorateur des déserts du monde, Philippe Frey, nomade occidental, dit  « Le nomade blanc »…

L’homme est toujours impeccablement bronzé. N’en cherchez pas la cause, il passe autant de temps qu’il le peut dans les déserts du monde, qu’il connaît mieux que quiconque. D’ailleurs, il explore ces vastes étendues hostiles à la vie depuis toujours ou presque.

Âgé de 15 ans et demi, l’adolescent fugue et se rend en Turquie, puis en Syrie en auto-stop. Ce premier voyage en solitaire lui fait découvrir les semi nomades et lui donne envie de rencontrer de véritables nomades. Cela ne se fait pas attendre. Un an plus tard, il entame la traversée du Sahara, du nord au sud, en camion, et devient un mordu du désert. La fièvre de l’exploration de ces immenses territoires sauvages le prend très tôt et ne le lâchera plus.
Certes, il a également goûté aux plaisirs de la navigation sur le Rhin et est même devenu moniteur fédéral de voile. Mais rien n’égalera jamais son amour des déserts du monde.

Sa démarche scientifique des plus remarquables, qu’il s’agisse de ses explorations ou de ses écrits, lui vaut cette belle reconnaissance qui fait de lui, aujourd’hui, le plus grand expert en matière de connaissance des déserts du monde, en tous genres.

Ce qui fait qu’il est devenu d’ailleurs, écrivain, par la force des choses, et non des moindres. Philippe Frey est publié par les éditeurs les plus recherchés depuis plusieurs dizaine d’années. Il faut dire qu’en tant que spécialiste incontournable dans son domaine, il se fait plutôt courtiser, que ce soit pour l’écriture ou pour la réalisation de documentaires télévisés. L’homme a publié plus d’une quinzaine d’ouvrages : guides pratiques de survie, romans…, depuis le jour où un éditeur lui a proposé d’écrire un premier livre en se basant sur ses connaissances historiques et géographiques, il y a 24 ans de cela.

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Philippe Frey s’est surtout donné les moyens de son ambition, conscient du fait qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il effectue donc des petits boulots, deux ans avant le bac, afin d’être indépendant. Au cours des dix années suivantes, il s’en va vendre des voitures d’occasion en Afrique, tout en satisfaisant la dévorante soif de connaissance qui l’habite. Le jeune homme s’est inscrit à la fac, parallèlement à ces activités lucratives, et cela s’avère fort bénéfique.

Ses années universitaires rondement menées lui permettent de devenir Docteur en ethnologie et en ethnographie puis, maître de conférences pendant 20 ans, à l’université de Strasbourg. Cet aventurier dans l’âme est régulièrement invité un peu partout dans le monde afin d’exposer ses opinions à propos de thématiques diverses, liées à ses domaines de compétences, ou en vue d’en débattre.

Depuis l’âge de 33 ans, Philippe effectue de grosses expéditions dans les déserts du monde entier, par passion et par engagement, à un rythme plus qu’effréné. Il est également devenu guide de sa propre structure Nomades du monde et accompagne à ce titre, plusieurs fois par an, de petits groupes de curieux ou de passionnés des déserts, dans la poursuite de leurs soifs de découvertes.

L’explorateur poursuit sa propre quête qui passe par l’ivresse que suscite la traversée des différents déserts du monde, et il en effectue encore en solitaire.

Quelques-uns des titres de ses livres :

Nomade Blanc
Caravanes
Le roman du désert
Le scorpion d’Orient
Survivre au Kalahari

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Philippe Frey, comment vous définissez-vous ?

J’ai toujours refusé d’être enfermé dans des cases. Comme dans tout d’ailleurs. Donc même définir un titre est difficile. J’ai été ethnologue… aventurier… explorateur. Je suis écrivain… organisateur de voyages dans le désert… pisteur d’animaux sauvages comme me l’ont enseigné les Bushmen… conférencier international… producteur de documentaires. On peut aussi simplement dire que je vis de ma passion: les déserts et l’espace.

Qu’est-ce qui vous a donné le goût de l’aventure ?

J’ai commencé très jeune à voyager. Puis, dès quinze ans et demi, seul. Et tant mieux. Car je ne crois pas aux révélations sur la tard. Du genre de celui qui attend sa retraite et qui aime à se dire : “Plus tard, j’irai pêcher… ou j’irai au bout du monde”. Car sinon, ça serait fait depuis longtemps. De plus, évoluer dans les déserts est un métier. Ça ne s’improvise pas. Un peu comme les gens qui font de la montagne en dilettante. Ce sont ceux qui courent le plus de risques.

Pourquoi un tel amour du désert ?

Je ne sais pas. Probablement un réel désir d’espace, de liberté, de mondes sans limites. Après, c’est aussi comprendre mieux ces milieux hors du temps, hors de la connaissance humaine et, en même temps, si proches de nous. Plus jeune, j’étais plus tenté par la mer. Puis je me suis rendu compte que c’était la même chose. La mer est un désert. Et on n’y comprend rien non plus. Très rares sont simplement ceux qui savent ce qu’il y a sous sa surface. Bref, il faut savoir explorer sous la surface des choses… dans tous les domaines.

Pensez-vous pouvoir arrêtez un jour vos périples à travers le monde ?

Impossible. Il faudrait déjà de graves soucis physiques. Mais même là, je n’y crois pas… car le désert est un milieu sec et sain. Les chirurgiens m’avaient déjà annoncé que je ne marcherais plus comme avant, des suites d’un grave accident de moto. Je me suis accroché. J’ai peiné comme un gamin apprend à marcher. Et je suis plus solide encore qu’avant. Et, si je devais vraiment me sentir condamné, je crois que je choisirais le désert comme linceul.

Quel est le sens du mot voyage pour vous ?

Les gens voyagent pour diverses raisons. Qui peuvent être ou très bonnes ou très mauvaises. De tous temps, des découvreurs d’espace l’ont fait par exemple, par colonialisme… pour valoriser leur culture par rapport aux autres… ou simplement pour se donner le grand frisson. Toutes ces raisons sont mauvaises. Car égoïstes. Je crois aux vraies valeurs de la rencontre, de l’égalité de chacun. La preuve ? Aucun occidental ne survivrait un jour, seul, dans le désert. Donc les nomades ont une vraie culture, équivalente à la nôtre. En pensant ainsi, d’ailleurs, on ne se lasse jamais… car on a toujours 1000 choses à découvrir. Sur soi et sur les autres.

Quels rêves aimeriez-vous encore réaliser ?

Je suis peut-être l’occidental qui connaît le mieux les déserts. Mais lorsque j’y pense, je me dis juste le contraire. Il y a des milliers de choses… “que je ne connais pas”. Dans mon domaine -les déserts- j’envisage prochainement de me pencher en détail sur le Gobi en Asie, (même si j’y vais depuis 10 ans… maintenant ça s’intensifie). Puis en Australie. Ou encore dans le désert d’Atacama. J’aimerais vraiment créer une fondation qui recenserait toutes les recherches -botaniques, animales, humaines, archéologiques, historiques- sur “les” déserts du monde. Avec documentaires, banque de donnée, etc… Mais il y faut consacrer de gros moyens.

Votre destination préférée ?

Les déserts bien sûr. Mais chacun d’eux est tellement différent du précédent. J’ai résolu la question -comme je n’aime pas choisir- de les faire au maximum au cours de l’année : Gobi chinois ou mongol, Namibie, Tchad, Afar en Ethiopie, Maroc, Soudan, Etats-Unis et Mexique. C’est comme un tourbillon continuel… qui mène presque à l’ivresse.

Pour en savoir plus au sujet de Philippe Frey : ses explorations, sa biographie et sa bibliographie, son site web est disponible à cette fin, avec le programme des excursions qu’il propose :
Nomades du monde

Merci à lui pour cet entretien et un grand BRAVO pour son beau parcours, qui relève véritablement de l’exploit.

Son site Web

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