Dominique Boh-Petit : l’Humain au cœur pour une justice meilleure

 

Dominique Boh-Petit : une Femme de cœur, ses valeurs et ses combats au service des « autres »

Pour une meilleure justice, compte tenu des réalités des personnes recluses en milieu carcéral, Dominique Boh-Petit, avocat au barreau de Metz, propose un discours résolument novateur à travers ses ouvrages ainsi que lors des conférences et débats auxquels elle est invitée.

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Crédits photo : France Bleu

Dans le cadre de l’édition 2017 des Estivales du livre, le salon du livre organisé par la FALIGE : Fédération des Associations Littéraires du Grand-Est, Dominique Boh-Petit a répondu aux questions de Raymond Vogler autour de ses ouvrages concernant la réalité de la vie des détenus dans les prisons de France. Ses écrits s’appuient sur ses connaissances personnelles en relation avec l’environnement carcéral,  en tant qu’avocat au barreau de Metz.

Rappelons que Madame Boh-Petit est devenue avocat par vocation, mue par la volonté d’aider celles et ceux dont le sort l’a émue au point qu’elle abandonne, très tôt, sa carrière d’enseignante à la maison d’arrêt de Metz-Queuleu pour reprendre des études de droits. Elle s’intéresse à la condition des personnes détenues, depuis lors, et est également membre de l’Observatoire international des prisons. L’avocat se consacre à la défense pénale de celles et ceux dont la vie s’est réduite à un état de non-être quasi permanent.

Au fil des réponses qu’elle livre tout au long de cet interview, c’est notre conception entière de ce que peut bien être la vie en prison et, naturellement, celle des prisonniers pendant et après leur incarcération, qui s’en trouve ébranlée. Les idées reçues que nous avions des criminels et de ce contexte de vie particulier s’émiettent rapidement les unes après les autres. Une sorte d’éveil prend progressivement forme dans l’esprit, de façon souveraine, suivie d’une prise de conscience qui s’impose, de fait.  Nous comprenons dès lors que celui que nous n’envisagions jusqu’alors que sous l’aspect d’un monstre vivait peut-être auparavant comme n’importe lequel d’entre nous. Que l’idée de devenir un criminel banni du système, du jour au lendemain, suite à des concours de circonstances accablants ne l’avait jamais effleuré, jusqu’au jour où son existence bascula.

Qu’un meurtrier n’est pas toujours l’infâme monstre sanguinaire, assoiffé de sang, que nous voudrions voir enfermé pour longtemps.

Nous réalisons davantage le fait que c’est la vie d’innombrables autres personnes, parents, enfants, époux, amis et autres qui s’en trouvent inexorablement impactée, de façon durable, avec des conséquences souvent inimaginables.

La peine de prison apparaît comme étant disproportionnée dans nombre de cas, surtout lorsqu’elle affecte des personnes ayant commis le pire, sans intention réelle, a priori, et qui ne devraient pas récidiver, a postériori, compte tenu de personnalités et de profils psychologiques faisant d’eux des sujets peu enclins au crime, en temps normal.

Nous comprenons que la prison ne résout rien, en définitive, tant l’idée d’être devenu(e) l’auteur(e) d’un meurtre reste inconcevable pour certains criminels, au point qu’ils ne parviennent pas à s’accepter sous cet angle afin de pouvoir se reconstruire par la suite.

C’est l’histoire de ces hommes et de ces femmes dont la vie vacille soudainement,  alors même qu’ils ne s’y attendaient vraiment pas et que rien ne les y avait préparés que nous fait découvrir Madame Boh-Petit, nous sensibilisant par la même occasion à l’horreur de la réalité du crime, à tout point de vue. L’enfer de ces existences vouées à faire face à l’inacceptable, de part et d’autre, coupables ou victimes, ne laisse guère indifférent.

Dominique Boh-Petit nous offre, non pas l’apologie du crime, mais des témoignages qui nous lessivent de fond en comble, opérant en nous une véritable catharsis, pour nous ramener à l’essence même de notre humanité, avec un regard nouveau opportunément tourné vers une ouverture d’esprit plus que souhaitable, pour ne pas dire salvatrice. Nous saisissons dès lors que c’est en acceptant de comprendre l’autre avec ses invisibles fêlures et ses inavouables meurtrissures que nous l’aiderons à apprivoiser l’horreur qu’il a de sa propre existence criminelle, tout en offrant aux victimes la possibilité de se reconstruire du mieux que possible. C’est donc d’une vision humaniste reposant sur ces valeurs nobles héritées de l’esprit des Lumières, qui nous invitent à grandir en humanité, toujours, dans tous les domaines de l’existence humaine, que procèdent les actions et démarches de Madame Boh-Petit en faveur des prisonniers.

On ne sort guère indemne de la lecture des romans de Madame Boh-Petit qui chamboulent de fond en comble notre perception des choses dans ce domaine sensible.

Le carré des indigents : écrou 21288, publié en janvier 2017 aux éditions de l’Harmattan, nous offre le témoignage d’une histoire d’amour d’autant plus poignante que rien, ni le crime, ni la déchéance des êtres qui s’en suit n’en amenuise la force dans l’esprit du narrateur devenu meurtrier. C’est l’histoire d’un couple, dont l’homme et la femme pourraient être n’importe lesquels d’entre nous, qui est ici dévoilée par touches savamment brossées avec un réalisme saisissant, sous une plume pudique, belle et sobre.

«  Je ne peux pas perdre pied. Mon espérance est absolue, c’est ma raison d’être. Je traverserai le temps, apprivoiserai mon crime et comme un funambule arriverai à toi, sans tomber. […] c’est long une minute de silence. Des centaines, des milliers de minutes de solitude rendent la survie improbable. », confie le narrateur protagoniste de ce roman des plus émouvants qui nous tient véritablement en haleine de la première page jusqu’à la dernière.

Ses livres :

 

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